Sur les hauteurs d’Irati, elle s’étend à perte de vue. 17 000 hectares au total. La majeure partie se situe de l'autre côté de la frontière, « les 15 000 hectares espagnols, ils sont ici » Fabien Escalière, technicien forestier à l’Office National des Forêts, balaie d’un geste l’horizon vert foncé.
La particularité de cette forêt, la rendant précieuse au regard des scientifiques et de l’ONF, c’est l’essence d’arbre qui la compose majoritairement. Une immense hêtraie, l’une des plus vastes d’Europe où 90 % des arbres sont des hêtres, 9 % des sapins et d’autres essences comme des chênes pédonculés et des frênes.

Fabien Escalière montre du doigt le versant espagnol. @PaulineBenAli
Classé Natura 2000, certaines de ses parcelles sont exploitées pour le bois mais elle conserve aussi une partie protégée et non exploitée (environ 40%).
Une forêt résiliente
Ce qui rend la forêt d’Irati si particulière, c’est aussi son micro-climat explique Christian Hudeley, agent patrimonial à l’ONF. « Quand les nuages arrivent du littoral, ils percent sur la montagne et ils font de l’eau » un cycle de l’eau très court qui avantage la hêtraie selon lui.
La forêt pourrait donc s’adapter plus efficacement aux aléas climatiques avant qu’ils ne se multiplient et finissent de détruire les hêtres situés en plaine. Le seul souci pour Christian, c’est la vitesse à laquelle le climat va se dégrader les années à venir. Car le changement climatique se produit très vite à l’échelle de temps d’un arbre.

Sous la canopée de la hêtraie basque @PaulineBenAli
Fabien Escalière mise également sur cette résilience. "On a la chance que le hêtre se régénère tout seul très bien ici", explique-t-il. Les semis naturels déjà adaptés aux conditions de la station, héritent d’une mémoire génétique des stress passés (sécheresses, canicules), ce qui renforce leur capacité à affronter les défis futurs.
"C'est souvent multifactoriel"
Les agents de l’ONF interviennent donc très peu en termes de reboisement, préférant laisser faire la nature. Cette gestion fondée sur la régénération naturelle minimise également les coûts puis qu’il n’y a pas besoin de mettre en place des missions de plantations, les semis se faisant tous seuls.
Impacts multifactoriels
Pourtant, la forêt n’est pas épargnée par les stress hydriques. Les canicules de 2025 et 2026 ont envoyé des signaux de détresse aux arbres, mais sans causer d'importants dégâts pour le moment.
Car lorsqu'il manque d'eau, le hêtre met plus longtemps à fermer ses stomates (les petites ouvertures sous les feuilles permettant les échanges gazeux entre la plante et l’air), et reste donc vulnérable au manque d'eau. « Mais c’est souvent multifactoriel » tient à ajouter Christian, il peut y avoir une sécheresse qui va affaiblir un arbre mais ce dernier peut ensuite être attaqué par un champignon, des insectes, etc.



