Depuis le début de l’aventure, Vincent Lartizien en a vu des vertes et des pas mûres. Et de pas mûre justement, la filière régionale du chanvre en fait partie. Car même si l’ancien surfeur a touché une subvention de 2,5 millions d'euros pour la construction de deux nouvelles usines, l'une pour la transformation de la tige en fibre textile et l’autre pour la transformation de la chènevotte en béton de chanvre, il faut encore trouver les terres pour cultiver la quantité nécessaire au fonctionnement de ces nouvelles unités prévues pour 2027.
L'agroforesterie comme seule solution
Actuellement, l’entreprise cultive 500 hectares de parcelles en partenariat avec une quinzaine d’agriculteurs bio, pour alimenter la première usine. Mais ils servent seulement à transformer la graine en cosmétique et en alimentaire.
Car pour alimenter les deux prochaines usines, Vincent Lartizien a besoin de 1000 hectares supplémentaires. Mais il pêche à les trouver. D’un côté, il fait face à des agriculteurs pris en tenaille dans un système agricole industriel qui les pousse à la rentabilité court-terme, à une absence de débouchés via les coopératives et de l’autre il constate des sols détruits où il faut tout apporter, fertilisants et pesticides, pour y faire pousser quelque chose. « Il y a vraiment un problème dans la façon dont on enseigne l’agriculture dans les lycées agricoles » pour cet ancien surfeur reconverti entrepreneur.

Dans les locaux de la première usine, la graine est transformée en huile, pâtes et cosmétiques. @PaulineBenAli
Car pas question pour lui et ses équipes de rentrer dans le moule du conventionnel, « de toute manière le chanvre est tellement robuste, qu’une fois en place, il étouffe toutes les adventices et ne nécessite pas d’épandage de pesticides ».
Lui préfère miser sur l’ingéniosité du vivant à travers l’agroforesterie. Il prévoit « la plantation de 50 arbres par hectare au sein des cultures » pour à la fois nourrir les sols et favoriser la biodiversité directement dans le champ, « le tout agrémenté de compost récupéré dans les élevages alentours pour nourrir la plante. »

Vêtements en chanvre fabriqués par l'entreprise et exposés dans les locaux à Saint-Geours-de-Maremne @PaulineBenAli
Mais ce genre de système nécessite une rotation des cultures beaucoup plus longue « la plantation du chanvre ce n’est pas avant sept ans et quand vous expliquez ça aux agriculteurs, c’est non » là où dans la maïsiculture, culture très présente dans les Landes, les agriculteurs effectuent une rotation des cultures sur maximum trois ans.
Jamais mieux servi que par soi-même
Pour contourner le problème, Vincent Lartizien nous parle de melon. Plutôt que de collaborer avec de nouveaux agriculteurs comme c'est le cas sur le fonctionnement de la première usine « On va acheter nous-mêmes les parcelles agricoles, les mettre en location auprès d'agriculteurs partants, en leur fournissant un cahier des charges précis pour garantir une production conforme à nos exigences. » m’explique-t-il. Et pour en revenir au cucurbitaceae, c’est ce qui a été fait pour mettre en place la filière du melon en France, dit-il.
Sauf qu’aujourd’hui selon lui, sans le soutien des pouvoir publics, ça va être compliqué car c’est tout un modèle agricole qu’il faut repenser, accompagner et les résultats ne se verront pas avant 20 ans. Et quand on voit les reculades du gouvernement en matière de transition écologique, il y a de quoi lever les yeux au ciel.



