Entourée de ses brebis qui pâturent à 20 min de marche de la bergerie, Eric Guttierez me montre les mesures de protection qu’il a mises en place, la clôture électrique et la présence de trois Patous. Bonne Mine, Naille et le dernier Simba, qui a tout juste un an, se fondent dans la masse du troupeau de 150 têtes.
Car depuis quelques années, le loup étend son territoire en Nouvelle-Aquitaine. À Saint-Christophe-de-Double où se situe la bergerie d’Éric, la présence du prédateur n’était pas encore avérée fin 2025.
Mais l’éleveur de brebis a fait un choix depuis longtemps : anticiper son arrivée. Au fil des années, il a mis en place une stratégie de protection nourrie par son expérience des prédations en montagne, des rencontres inspirantes et une remise en question profonde de son rapport au Vivant.
Fracture sociale
Plus de vingt ans se sont écoulés depuis la première prédation qu’il a subie dans les estives pyrénéennes. Ce jour-là, une attaque de chiens errants décime 35 de ses bêtes « des brebis tuées, éventrées et souffrantes », ces images ne le quitteront jamais. Cette malheureuse expérience lui rappelle alors que la nature n’est pas un espace idyllique, mais un milieu où les interactions peuvent parfois être sanglantes.

Image capturée dans les Pyrénées @EricGuttierez
En 2018, nouvelle prédation, attribuée cette fois à un canidé « loup exclu » selon le garde qui constate l’attaque. L’éleveur, étonné d’entendre le nom de cet animal, commence à envisager sa présence qu’il estimait encore loin de lui.
« L’arrivée d’un prédateur, c’est un foutoir complet au niveau social »
La même année, le lâcher de deux ours en Vallée d’Aspe déclenchent d'énormes tensions sociales. Des voisins qui se connaissent depuis 50 ans ne se parlent plus, la fête locale du fromage est divisée en deux fêtes « pour » et « contre » l’ours. L'évènement fracture toute la vallée. « L’arrivée d’un prédateur, c’est un foutoir complet au niveau social », résume t-il.
La question n’est plus alors de savoir si les prédateurs reviendront, mais comment vivre avec eux.
Une rencontre décisive
Tout s'accélère en 2019, alors qu’il cherche des solutions avec un ami agronome au sein du CIVAM PPML, une association d’agriculteurs. Ils font la rencontre d'Antoine Nochy, un acteur clé dans la réflexion sur la cohabitation avec le loup et ayant notamment participé à la réintroduction de ce dernier dans le parc de Yellowstone aux Etats-Unis.
De cet échange naît le Plan de Prévention du Risque de Prédation (PPRP) qui allie à la fois la recherche, le milieu agricole et la société civile.
Ce plan repose sur trois piliers :
- Les moyens de protection technique - clôtures, chiens de protection, adaptation des parcelles
- L’accompagnement des éleveurs par l’analyse des vulnérabilités de chaque exploitation, le partage d’expériences




