Ce matin, Délia grimace au volant de Jojo II, son bateau. Car il n’y a pas foule sur l’écran de sa sonde qui lui sert à repérer les zones où le poisson se trouve. Malgré tout, la marin-pêcheuse pose ses premiers filets. Un crachin trempe nos cirets.
Une pêche sélective
Après quelques heures, elle parvient à remonter quelques poissons “C’est bien on les a un peu tous, une dorade marbrée, une grise, deux bars...”. A chaque fois, le filet reste immergé une trentaine de minutes dans l’eau.

Délia remonte le filet après 30 minutes de pose. @PaulineBenAli
Sa règle à portée de main pour vérifier leur taille, elle enlève un à un les poissons encore vivants des mailles, avant de les poser dans une bassine à ses pieds. “Avec mes filets, je ne vais pêcher ni les gros poissons, les gros géniteurs qui ne se maillent pas et ni les petits”. Et si de petits spécimens se retrouvent malgré tout dans les mailles, elle les remet simplement à l’eau, encore vivants.
Travailler moins pour gagner plus
Pour réussir à vivre de cette pêche très sélective, Délia ne vend plus son poisson à la criée, sorte de vente aux enchères pour poisson où les acheteurs fixent les prix, non les pêcheurs. Les montants y sont parfois si bas qu’ils ne couvrent même pas ses frais. “Il m’est arrivée de vendre des maigres à 70 centimes le kilo...là ça fout les boules car le maigre est un bon et beau poisson, autant te dire que j’ai même pas payé l’essence à ce prix là” .
Désormais, elle travaille avec Poiscaille, une start-up parisienne qui lui rachète sa pêche à un prix qui lui convient. “Ce sont eux qui fixent les prix mais c’est une entente et le prix est fixe toute l’année quelle que soit la saison”. Délia gagne ainsi mieux sa vie et travaille moins. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de Poiscaille qui a bien compris que si les pêcheurs sont rémunérés à leur juste valeur, ils pêchent moins et donc la pression sur la ressource est moindre. Logique imparable. Délia se réjouit aussi d'avoir une vie de famille “car je suis maman et c’est le rôle le plus important de ma vie”. Et lorsqu’il fait mauvais temps et que les pêcheurs restent à quai, elle, n’a plus la boule au ventre.

Poiscaille encourage également la consommation de poissons moins prisés pour limiter la pression exercée sur les espèces dites plus nobles comme le bar ou la dorade royale, "Tous les pêcheurs veulent pêcher ces espèces car elle se vendent”. Mais avec la start-up, le problème ne se pose pas. Les pêcheurs sont rémunérés au même prix quelque soit l’espèce. Et les consommateurs savent qu’ils devront manger des espèces moins prisés, pour lutter contre la surpêche. C’est le cas du mulet qui souffre d’une mauvaise réputation “Il mange la vase dans les ports” mais pas pour Délia, “Moi le mulet, je le pêche devant la dune du Pilat sur les bancs de sable donc il est très bon”.




