Dans les parcelles d'Anne Biscaye, rien n'est coupé au cordeau. L'herbe et les fleurs côtoient la vigne dans les inter-rangs pour attirer les insectes. « Souvent on me dit que mes vignes sont sales » plaisante à moitié la viticultrice.
Depuis des années, elle ne tond plus qu'un rang sur deux et des dizaines d'arbres ont été plantés sur le vignoble. Cette approche fondée sur le vivant, elle l'a en partie acquise au gré de ses recherches sur un petit animal qu'elle observe depuis longtemps virevolter au dessus de ses vignes : la chauve-souris.
« En 2015, quand j’ai commencé à parler des chauve-souris, on me rigolait au nez » confie cette membre du conseil d’administration du GDON (Groupement de Défense contre les Organismes Nuisibles).
Même si elle passe pour une hurluberlue auprès de ses pairs, la vigneronne du Château Lapelletrie persiste dans ses recherches. Elle découvre des études menées dans le département voisin de la Dordogne qui explorent le rôle potentiel des chauves-souris dans la régulation de deux insectes redoutés des vignerons : l’eudémis et la cochylis.
Caverne d'Ali Baba
Les étoiles finissent par s’aligner en 2017. La Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) observe une multiplication des gîtes à chauves-souris dans les vignobles locaux, installés pour attirer les mammifères volants.
Pourtant, leur rôle dans la régulation des ravageurs reste à prouver sur le terrain. L'association lance alors une étude pionnière pour le confirmer, en collaboration avec l'INRAE…c’est banco pour Anne qui se manifeste pour participer.
" Des centaines recensées "
Un inventaire est alors mené sur ses parcelles afin de confirmer la présence d’une population significative de chauves-souris.

Un Petit Rhinolophe observé dans la carrière @PaulineBenAli
Les relevés effectués révèlent une véritable caverne d'Ali Baba en mode biodiversité. En effet, d’anciennes carrières de pierre, typiques de la région de Saint-Émilion, sont présentes sur le site. Elles offrent des refuges parfaits pendant la saison froide.
Résultat ? Des centaines d’individus de différentes espèces sont recensés, parmi lesquels des Petits et Grands Rhinolophes, des Pipistrelles communes, des Murins de Daubenton ou encore des Oreillards.
La preuve par les chiffres
Depuis cette découverte, Anne et la LPO comptent. Chaque année, les chiffres de sa population de chiroptères, ayant élu domicile chez elle, se maintiennent.
De leur côté, les chercheurs toujours aidés de la LPO analysent l'activité de l'espèce ainsi que celle des papillons ravageurs sur 32 parcelles de vignes. Et les conclusions sont positives : la présence des chauve-souris réduit les dégâts causés par les insectes de 14 % en moyenne.











